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Sortir de la crise : agir vite, penser loin Laurent Berger


Le travail « Le syndicalisme a trop souvent abandonné la notion de travail. Il l'a traité comme une quantité... Pour moi c'est la question essentielle... Le travail doit être émancipateur et créateur de lien social. » Chaque homme est une richesse.
L'entreprise « Il faut saisir l'opportunité d'aller vers une co-détermination à la française... qui permettra d'améliorer l'efficacité des entreprises. » Pour la CFDT c'est la conjonction de trois éléments : davantage de salariés dans les conseils d'administration, plus de dialogue social, plus de place pour la parole des salariés. Il s'agit de « reconnaître le travail comme une vraie partie constituante de l'entreprise, au même titre que le capital. » Les représentants des salariés doivent être plus nombreux (un tiers) au sein des conseils d'administration. « Il serait normal qu'ils participent aux débats sur les orientations stratégiques... Ils représentent le temps long. » Ils sont plus attachés à la pérennité de l'entreprise que bien des actionnaires.
Le dialogue social (deuxième élément de cette co-détermination) « est la meilleure garantie d'un bon équilibre entre l'enjeu économique et les besoins des salariés... » Il est nécessaire sur le sens et les conditions du travail, sur la répartition des richesses crées. « Le négliger c'est s'exposer à la conflictualité. »
Donner des espaces de paroles aux salariés (le dialogue professionnel) constitue le troisième volet. « Cela contribue à une bonne marche des ateliers et des services. » Laurent Berger cite l'exemple de Toyota à Valenciennes. Le dialogue professionnel qui s'y pratique sur la façon dont les salariés exercent les tâches, leurs suggestions ont permis d'améliorer les performances et de faire vivre un rapport positif au travail.« La confiance et l'engagement sont plus moteurs que la contrainte. »
La négociation constitue pour la CFDT l'outil essentiel pour résoudre les oppositions d'intérêts, logiques dans la vie de l'entreprise. Laurent Berger la qualifie de 'sport de combat'. Ce n'est pas un jeu entre amis. Dans un climat parfois de tension extrême, il faut garder le cap, avoir constamment à l'esprit le sens de l'action recherchée, les valeurs qui sont les nôtres. Une exigence réciproque : le respect du partenaire « On pardonne une faute , on oublie pas une humiliation. »
Les CSE La CFDT demande au gouvernement de faire le bilan des ordonnances de 2017 qui ont 'simplifié' les instances représentatives et créé les CSE. « Certains points ne sont pas satisfaisants. » Il faut que l'organisation du travail soit débattue dans les réunions des CSE. « Il faut renforcer les moyens d'intervention et d'action des représentants du personnel. »
Le syndicalisme Sans surprise Laurent Berger en fait un acteur majeur de la démocratie sociale avec la volonté de contribuer à définir l'intérêt général. Pour la CFDT il convient d'agir pour la transformation de la société en « portant une utopie mobilisatrice d'un point de vue global tout en restant ancré dans la réalité des travailleurs... Ce qui fait sens dans l'engagement syndical c'est la volonté de comprendre la réalité dans sa complexité et les tensions qui la traversent... C'est d'avoir les mains dans la cambouis et d'avoir la capacité d'une vision de long terme. »
Le Pacte du pouvoir de vivre (que nous avons déjà présenté) tient une large place dans ce livre. Cette initiative de mars 2019 organise une alliance inédite entre trois organisations syndicales : CFDT, CFTC, UNSA et 59 associations. Objectif : mobiliser militants syndicaux et bénévoles des associations pour construire un autre modèle de société et proposer les moyens d'y parvenir.
Des collectifs du Pacte s'organisent dans les régions. « Le syndicalisme a besoin de nouvelles alliances. »
La transition écologique élargit désormais le champ d'action du syndicalisme. Elle doit devenir l'objet de débats dans les réunions des CSE avec parfois la demande de création d'une commission environnement. « S'inscrire dans la transition écologique est absolument essentiel. » souligne Laurent Berger pour qui cette transition écologique doit devenir pour les militants un moteur de la relance économique. Au niveau de la société pas question de décroissance, « une logique paresseuse d'Occidentaux repus. »
L'Etat « a joué son rôle dans la crise sanitaire » mais là aussi, comme dans les domaines économiques et sociaux il a besoin de relais. Il est trop centralisé, trop loin du terrain. « Cela s'appelle le dialogue social. » afin de faire du 'sur mesure'.
Dans le domaine industriel l'Etat doit intervenir, soutenir certaines filières. Mais Laurent Berger ne souhaite pas « un Etat pragmatique seulement préoccupé d'adapter les moyens sans s'interroger sur les fins...L'Etat ne fera pas l'économie de la recherche de sens. »
« Il ne faut pas tout attendre de l' Etat, mais celui-ci doit donner à chacun la capacité d'agir. » On retrouve une des idées-clé : responsabiliser chacun à son niveau, libérer les initiatives.
Demain La crise sanitaire a mis notre société à nu, avec ses capacités d'initiatives, ses mouvements de solidarité mais aussi ses faiblesses. « Il faut débattre, discuter, consacrer du temps à la controverse pour ensuite arriver à celui du compromis... Il ne serait pas supportable de repartir comme avant. »